« Ce n’est pas que la mort me fasse peur; je ne veux simplement pas être là quand elle viendra! – Woody Allen

Une dame âgée souffrant d’une maladie cardiaque incurable en phase terminale est amenée d’urgence à l’hôpital, où on constate un arrêt respiratoire. Malgré le mauvais état de santé de la dame et ses chances minimales de s’en tirer, son mari en proie à la panique demande à l’équipe de soins de faire tout ce qu’elle peut pour sauver son épouse. Le personnel médical tente donc désespérément de réanimer la dame, brisant quelques-unes de ses frêles côtes pendant les manœuvres, jusqu’à ce qu’un médecin mette fin à l’acharnement. Il déclare la patiente morte; une infirmière visiblement troublée murmure doucement « merci… ».Aucune dignité dans ce scénario qui ne ressemble en rien à ce que souhaitent la plupart des gens, mais qui se produit pourtant tous les jours dans les hôpitaux canadiens. Et la raison est fort simple : la majorité des gens se disent incapables ou refusent de parler de la mort et de leur décès. Et ce refus entraîne de graves conséquences non seulement pour soi, mais aussi pour tous ceux qui nous aiment.

En effet, malgré les impressionnantes percées médicales récentes, nous n’avons pas encore levé le voile sur le plus grand de tous les mystères : comment éviter la mort. Plus de 248 000 Canadiens meurent chaque année, et d’ici 2020, on estime que ce chiffre pourrait atteindre les 330 000. Et bien que plusieurs préparent leur testament et planifient leurs services funèbres, la plupart omettent de réfléchir à la fin même de leur vie, c’est-à-dire à la façon dont ils voudront être soignés lorsque la fin sera proche, et la personne qui pourra parler en leur nom s’ils en deviennent incapables.

Évidemment, nous souhaitons tous rester cohérents et lucides jusqu’à la toute fin. Mais s’il en est autrement? Et si vous ne pouviez plus parler, et on vous annonçait que vous alliez bientôt être incapable d’avaler. De respirer. Qui pourrait parler en votre nom?

La planification préalable des soins est une démarche qui vise à faire connaître vos volontés et préférences en matière de soins personnels et de santé dans l’éventualité où vous deviendriez incapable de donner ou de refuser un consentement concernant des traitements ou autres soins. Votre plan préalable peut être modifié en tout temps, et ne sert que lorsque vous êtes incapable de vous exprimer ou de prendre vous-même vos décisions. Le plan préalable vous permet en outre de désigner un mandataire, c’est-à-dire la personne qui pourra parler en votre nom si vous en devenez incapable.

Mais la partie la plus importante du plan préalable, c’est l’occasion de discuter dès maintenant de ces questions avec les gens qui nous sont chers. Ne laissons pas aux gens que nous aimons l’épouvantable fardeau de deviner ce que nous aurions voulu, en plus du deuil et de la douleur qu’ils devront évidemment affronter.

Imaginons maintenant un dénouement différent pour la dame présentée plus tôt. Elle s’éteint quand même, mais cette fois, comme elle l’avait souhaité : chez elle, dans les bras de son mari, et sans douleur grâce à la présence d’un professionnel en soins palliatifs. Son décès est évidemment accompagné de chagrin, mais il se sera déroulé dans la dignité et dans le respect de cette vie pleinement vécue.

Un tel dénouement est à la portée de tous. Il suffit d’amorcer la discussion.?