Je n’ai jamais vraiment pensé à ma propre mort, à la façon dont je vais mourir, comment ça pourrait se passer, et comment les gens allaient se souvenir de moi. Je ne crois pas que les jeunes de 22 ans réfléchissent à ces questions. Comme la plupart des gens dans la société, j’ai toujours évité de penser à la mort, probablement à cause de ma jeunesse et du sentiment d’invincibilité qui habite tous les jeunes comme moi. L’idée que je puisse mourir un jour a toujours été floue, quelque chose de très lointain. Peut-être est-ce une question d’idéologie médicale occidentale, mais nous croyons tous que tout peut être guéri ou qu’une intervention médicale pourra toujours préserver la vie.

Or, il y a presque trois ans, une de mes amies a reçu un diagnostic de cancer. La jeune femme de 20 ans qui adorait danser a dû soudainement se mettre à lutter contre cette « chose » qui attaquait son corps et qui tentait de lui arracher la vie. Elle s’est débattue comme une championne et est allée en rémission. Mais quelques mois plus tard, le cancer est revenu; les traitements ne fonctionnaient plus, et elle nous a quittés l’automne dernier. Pour moi et mes amis, ça a été tout un choc. Je n’avais jamais pensé qu’elle risquait d’en arriver là.

Pendant mon étape de deuil, j’ai été envahie par un terrible sentiment de terreur et d’angoisse. Pour plusieurs d’entre nous, moi y compris, c’était la réalisation qu’il n’y a pas d’âge pour être malade, pas d’âge pour mourir. Mon amie n’aura jamais 22 ans, elle ne finira pas ses études collégiales; elle n’ira jamais à l’université, n’achètera pas sa première voiture, ne débutera jamais sa carrière. Voilà pourtant certains des jalons de la vie auxquels on s’attend tous avant de commencer à penser à la mort. L’idée que ces étapes pourraient m’être enlevées me terrifie. La mort, c’est pour les vieux, non? Non. C’est une partie normale de la vie; elle est inévitable pour nous tous.

La mort et la fin de vie sont des sujets tabous en Occident. Terrée dans des hôpitaux stériles, la mort chez les jeunes est quasi inconcevable, quelque chose qui ne peut pas arriver, pas aux jeunes. Mais c’est faux.

Ainsi, une des façons qui m’a permis d’affronter le sujet a été de tenter de prendre en main ma propre fin de vie, notamment en amorçant une démarche de planification préalable des soins. Tout le monde va mourir, alors pourquoi ne pas s’y préparer? Il faut en parler! La mort est naturelle, tout le mode y passera. Assurez-vous que votre voix sera entendue.